Languedoc, Juillet 2007 (texte de S00998)
Le dualisme chez les chrétiens cathares
Sujet un peu particulier et toujours épineux, mais qui me tient beaucoup à cœur. Souvent accusés à tort de manichéisme et de dualisme absolu par leurs détracteurs, les cathares médiévaux en Languedoc étaient, qu’on se le dise, des chrétiens.
Afin de mieux appréhender la doctrine dite « cathare », commençons par mieux définir ces chrétiens du début du second millénaire.
Un « cathare », c’est avant tout un chrétien qui se rattache à la pratique simple, dépouillée, fraternelle, solidaire et spirituelle du Christianisme initial, du Nouveau Testament. Bref, ce sont avant tout des chercheurs, pour lesquels le Christianisme est une Voie Initiatique en ce sens qu’ils étudient avec soin, zèle et humilité l’enseignement du Christ.
Le vocable de « cathare » pour désigner ces Frères et Sœurs chrétiens ne provient pas d’un nom qu’ils s’étaient donné eux-mêmes, mais qu’on leur a attribué. En effet, ils se nommaient entre eux Bons-chrétiens, Amis de Dieu, ou simplement Chrétiens. Mais, ces modestes Bons Hommes et Bonnes Femmes ne faisant pas le jeu du pouvoir temporel que s’est octroyé l’église de Rome, furent déclarés hérétiques et persécutés, torturés, assassinés au nom de la toute puissante Eglise catholique. N’oublions pas qu’une croisade eut même lieu sur notre propre sol afin d’éliminer ces chercheurs. N’oublions pas non plus les ravages de l’Inquisition créée spécialement pour l’occasion.
Définissons maintenant la notion de dualisme absolu.
Il ne faut pas confondre la dualité, qui est partout et indéniable et le dualisme. La dualité homme/femme, jour/nuit, bien/mal etc.. etc.. est bien là. Le dualisme consiste à dégager deux « principes » ou deux « forces » à partir du constat de cette dualité. Le dualisme absolu pousse le raisonnement jusqu’à affirmer du monde matériel et tangible qu’il est l’œuvre du mal, du « prince de ce monde ». L’appesantissement des âmes jusqu’au monde physique serait alors une épreuve afin que chaque « Homme spirituel », fait à l’Image de Dieu (l’homme de chair n’ayant rien à voir avec cette Image Divine), puisse par ses « passages » successifs sur la Terre rejoindre le Un, parvenir à la Bonne Fin.
De là, les détracteurs du catharisme n’eurent aucune difficulté à accabler cette religion en accusant de tout et de n’importe quoi ces Chrétiens qui ne se sentaient pas de ce monde corrompu. La plupart des sources relatant du catharisme étant inquisitoriales, le trait est forcé sur ceux d’entre eux qui, poussés jusque dans leurs derniers retranchements, lorsqu’ils se voient donner la question ; vont jusqu’à sous-entendre l’existence de plusieurs « puissances » : le Dieu bon d’une part, et le démiurge créateur de ce monde d’autre part. Je ne rentrerai pas ici dans une exégèse que je ne saurai maîtriser, mais par leur connaissance du Livre, les cathares possédaient des arguments solides pour étayer leur propos. En effet, selon les traductions de la Genèse, n’est-il pas question d’une part de l’éternel El et des puissances créatrices sous le nom d’elohim (mot pluriel). L’histoire des cathares foisonne d’exemples de ce genre, d’interprétation différente des écritures entre religion du pouvoir temporel d’un côté et ésotérisme chrétien de l’autre. Cet apparent « dualisme » n’est peut-être après tout qu’une réponse au contexte d’un Moyen-Age peu tolérant et parfois même très violent. N’oublions pas que rien n’est figé dans le catharisme et que ces chercheurs s’adaptent dans la tolérance et dans le respect à ce que la société du moment donne à penser.
Comme toute pratique non dogmatique, le catharisme pouvait être vécu de façon différente d’un endroit à l’autre ou d’un individu à l’autre. Ceci entraîne parfois de grandes différences d’interprétation des Ecritures, et c’est précisément sur quelques points de discordances entre différentes écoles ; que les détracteurs du catharisme vont s’appuyer pour « légitimer » leur tentative d’éradication de cette Religion. En effet, les cathares furent qualifiés de dualistes absolus ou de manichéens, du fait de quelques-uns de leurs « penseurs » comme Jean De Lugio et son livre des Deux Principes. Or, je vous laisse imaginer ce que cela pouvait donner ou ce que cela donnerait encore aujourd’hui, si l’on faisait l’amalgame de toute une population du fait de quelques extrémistes.
C’est pourquoi je pense qu’un cathare du XXIième siècle n’est pas nécessairement dualiste, bien qu’il tolère et respecte celui qui peut l’être, comme il tolère et respecte celui qui a cette idée en horreur.
D’un point de vue personnel, je ne me prétend pas cathare, mais je m’efforce d’étudier la Voie Initiatique que cette doctrine propose. Plus j’avance dans mes recherches, et plus je vois converger les « traditions » vers la « Tradition » : Le message est le même. Les cathares s’appuient pour une bonne partie sur l’Evangile de Jean et s’efforcent de pratiquer la Vertu pour eux-mêmes et pour leurs Frères et Sœurs.
« Al cap dels sèt cent ans, verdejara lo laurèl »
(Bélibaste 1309)
C’est à nous qu’il appartient de sauver le Laurier et de défendre la Liberté et la Vertu.
(S00998)
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